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Tribune psychanalytique | Rue Caroline 7, 1003 Lausanne

Prochain colloque 

Samedi 5 octobre 2019

" Pères "

« Pères », ce thème nous insère avec notre patient dans les générations, la culture, la société, le genre ; dans le passé et le futur, dans le meurtre et la naissance, dans le couple et la monoparentalité. « Pères » nous place dans la tradition et la révolution, l’incertitude et les repères. Nous sommes fils et père, ou fille et mère, mais parfois aussi fils et mère, père et fille. Jamais seul, et pourtant parfois esseulé.

Le colloque alliera comme toujours la séance à la réflexion théorique, la clinique à la culture et cette fois surtout, à la société.

PROGRAMME

 

FILM

 

vendredi soir 4 octobre 19h

"Le retour" (2003) d'Andreï Zviaguintsev

présentation par Roland Cosandey

suivi d’un apéritif dînatoire

après inscription sur le site du CityClub, Pully

 

COLLOQUE

 

samedi 5 octobre

 

de 8h30 à 9h

Accueil

Anthropole auditoire 1129

 

9 h 15

Ouverture 

  Jean Piguet

 

9h30

Hélène Parat

« Faut-il deux pères pour qu'advienne une mère? »

discussion introduite par

Dimitra Katla

 

11h

Jean-François Simoneau

« De qui t’es ? »

« La transmission en psychanalyse »

discussion introduite par

Régis Marion Veyron

12h15 – 14h

buffet traiteur

 

14h

Jean-François Chevrier

« Père parlant, père ambiant »

discussion introduite par

Olivier Bonard

 

15h15

Javier Bartolomei

« Père et fils sans tiers »

discussion introduite par

Myriam Vaucher

 

16h30

 Perspectives

Olivier Bonard

LES ORATEURS

 

Hélène Parat est psychanalyste à Paris

et membre de la Société psychananalytique de Paris

  • Elixirs d’amour (2001) RFP 65, 5 ss

  • L’inceste (2004) PUF, Que sais-je

  • Sein de femme, sein de mère (2006)

  • Une érotique du maternel (2013) PUF

 

Jean-François Chevrier est professeur d’histoire de l’art aux Beaux-Arts de Paris

  • L’hallucination artistique (2012)

  • Jeff Wall (2006 / réédité 2013) Hazan

  • Les relations du corps (2011)

  • Formes biographiques (2015) Hazan

  • Œuvre et activité. La question de l’art (2015) L’Arachnéen

 

Jean-François Simoneau est psychanalyste, membre de la Soc. suisse psychan (SSPsa)

 

Javier Bartolomei est psychiatre, membre de la SSPsa, médecin associé aux Hôp. univers. de Genève

  • Psychiatrie, mode d'emploi. Doin 13

  • Psychanalyse et psychose. ASM 2013

 

Roland Cosandey est professeur de cinéma

 

LES REDACTEURS DE LA REVUE

Olivier Bonard, Javier Bartolomei, Dimitra Katla, Miloš Tadić, Lucette Nobs, Olivia Didisheim Hottinger, Régis Marion Veyron, Jean Piguet, Myriam Vaucher et Jean-Pierre Zaugg

GUIDE

 

Finance d’inscription : 140 francs (avec le buffet du samedi et l’apéritif dinatoire après le film)

170 francs pour les paiements après le 17 septembre 2019

 

Le versement sur le CCP 10-55157-0 de Tribune Psychanalytique tient lieu d’inscription :

IBAN  CH29 0900 0000 1005 5157 0

BIC POFICHBEXXX

Il est aussi possible de s'inscrire au colloque en ligne (onglet "achat et souscription")

Lieux du colloque : vendredi 4 octobre au Cinéma City Club de Pully

Pour le film, il est nécessaire de s’inscrire sur le site : https://www.cityclubpully.ch/ - billet à 12 CHF

Samedi 5 octobre : Université de Lausanne, campus de Dorigny

Anthropole,  auditoire 1129 - descendre un étage

Arrêt TSOL (métro M1) : UNIL - Chamberonne

Parking vert à l’est du campus

Sortie autoroute A1: EPFL-UNIVERSITE

 

Le colloque est reconnu pour huit heures de formation continue

N'hésitez pas à nous contacter pour toute question (info@tribune psychanalytique.net ou onglet "contact")

Evelyne Sullerot  « Quels pères, quels fils ? » , Editions Fayard, 1992.

 

Incitation à la lecture

par Javier Bartolomei, psychanalyste SSPsa, rédacteur

 

Commençons par la fin. Les pères castrés . Comment menacer son fils de castration lorsqu’on a été soi-même dépossédé de ses organes génitaux ? C’est peut-être cette question que traite Evelyne Sullerot  dans son ouvrage « Quels Pères , Quels Fils ? » , lorsque, études sociologiques à l’appui , elle s’interroge sur le devenir de ces enfants ayant grandi avec des pères  sans droits qui peu à peu s’effacent .

Rapports sexuels plus précoces pour les filles, consommation d’alcool, actes antisociaux multiples pour les garçons, grandir sans père ne serait pas sans conséquence.. L’exemple de la communauté afro- américaine étasunienne est à ce titre impressionnant : on évoque jusqu’à 86 % d’enfants né à la fin des années 70  qui vivent dans un foyer sans père. Une génération entière qui s’est élevée en partie dans la rue, dans les maisons de quartier.. ou dans les centres de détention.. Grandir sans père serait devenu la règle ; d’ailleurs , en fait à quoi servent-ils encore à l’heure où une femme peut enfanter en choisissant un géniteur donneur de sperme sur internet ?

A travers son ouvrage qu’elle présente d’emblée non pas comme une « thèse ou l’énoncé d’une vérité irréfutable », Evelyne Sullerot nous propose de cheminer avec elle au fil de ses interrogations , de ses questionnements, de ses doutes  au sujet de ce qu’elle nomme « le crépuscule des pères » .. Mais en premier lieu, comment en est-on arrivé là ?

Punchline#1 : « Responsables ou irresponsables, volontairement ou involontairement, c’était les hommes qui faisaient les enfants que les femmes devaient porter ou mettre au monde. »

Voilà le décor planté. Digne héritier de la civilisation gréco-romaine, le système patriarcal asseoit la suprématie masculine à travers le monde. Elle s’affirme dans l’accès aux connaissances, l’exercice des pouvoirs , dans l’accès aux biens ou aux armes… S’il doit admettre que c’est par l’intermédiaire de sa femme qu’il transmet la vie, le  Pater confert son identité, son nom , son histoire à ses enfants, leur transmet ses biens et ses ambitions. Mais comme nous le rappelle l’auteure, il faut pour cela « domestiquer la femme », la confiner dans les limites de la maison ( domus) , museler cette puissance terrifiante et inaccessible que représente la fécondité. Qui ne doit exister que pour le servir, lui.

En 1804, le Code Civil  Napoléon semble représenter l’acmé de ce système inique : ce n’est plus au Père de  la Nation ou aux pères de l’église que l’on doit respect et allégeance, mais au père..de famille. Celui détient tous les droits, puisque « le mari administre seul les biens de la communauté ». L’enfermement des femmes, décidément trop inquiétantes, semble enfin admis par tous : interdiction d’accès aux lycées et aux universités, interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens, exclusion totale des droits politiques.. la liste des interdits s’allonge à l’envi. Ajoutons enfin que le devoir conjugal devient une obligation et que le viol ne peut exister entre époux.. Dépossédée de ses droits civiques, la femme devient une « mineure civile » accompagnée…Mais qu’est-ce qui pourrait la rendre si inquiétante ? Serait –ce ce vieil adage romain «  Mater semper certa, pater semper incertus »  qui résonne comme une prophétie ?Faudrait-il  créer une certitude aussi incontestable pour définitivement lier l’enfant à son père : le père, c’est le mari. Uniquement le mari, qui d’ailleurs est le centre de tout..

Punchline#2 :  « S’appropriant son corps, l’embryon et l’enfant, la femme en vint à prétendre de s’approprier la  parentalité, en marginalisant ou niant le père. »

1964 : le taux de natalité amorce une chute inédite en France tandis que le nombre de mariages décroît et celui des divorces augmente. 1967 : première commercialisation de la pilule contraceptive. Mai 1968 : on lit «  A bas les Pères » sur les murs de Paris. Et enfin : 17 janvier 1975, après 3 jours de débats houleux, la loi dépénalisant l’avortement est finalement adoptée par l’Assemblée Nationale sous l’impulsion de Simone Veil.

En l’espace de 10 ans,  le pouvoir a changé de sexe. Une nouvelle race de pères apparaît : les pères non mariés. Pourquoi ne s’y intéresse-t-on surtout pas alors que leur nombre croît silencieusement ? car ils n’ont aux yeux de la loi pas les mêmes droits sur leurs enfants que les pères mariés ? car de toute façon ils finissent par disparaître ? Ainsi, un père qui ne vit pas avec la mère de son enfant au moment de sa naissance a 60 % de chance de ne plus le voir en cas séparation..S’il y a eu vie commune, sa durée est un facteur de la déterminant de la pérennité du lien entre père et enfant en cas de séparation, tout comme la manière dont le couple se sépare : plus elle est conflictuelle, moins bon est le pronostic.

La paternité pour ce sous-groupe semble en grande partie dépendre de la volonté de la mère. Serait-ce finalement elle qui fait du géniteur de son enfant un père ? « Pour être père  à part entière », rajoute Evelyne Sullerot , «  désormais , il faut plaire à la mère, avant, pendant et après. C’est la stratégie des faibles- les femmes le savent bien qui l’ont pratiquée pendant des siècles ». Alors le père, c’est qui ? le géniteur ? celui qui vit avec l’enfant ? ou  celui qui couche avec  la mère et qui vit avec elle, que l’on appelle parfois cruellement « père de substitution » ?

 Punchline#3 : « y-a-t-il d’autres voies vers la paternité que l’identification plus ou moins réussie à sa femme ? »

Le naufrage du modèle patriarcal  qui finit par céder aux bouleversements médicaux, sociaux et juridiques déjà mentionnés ouvre le champ à une redéfinition quasi in toto de la fonction du père. Il faut également préciser que pendant ce temps-là, les femmes enterrent définitivement en Europe le modèle des 3 K ( Kinder, Kuche et Kirche) et investissent de plus en plus, que ce soit dans le champ professionnel ou social, et ce malgré de nombreuses résistances, des rôles jusqu’alors dévolus aux pères. Dans les années 80, comme une opportunité de rédemption après des décennies de tyrannie  patriarcale, apparaissent de nouvelles théories et de nouvelles pratiques, dont celles de l’interchangeabilité. Dans un climat de célébration collective de la féminitude, elle  semble se  transformer au fil du temps en une injonction tacite  adressée aux mâles en quête de réhabilitation. Les pères doivent assister à l’accouchement de leurs femmes, donner le biberon, changer les couches de leurs enfants, les emmener  à la crèche etc..On assiste ainsi à la naissance de la tribu «  des nouveaux pères ». Certains en semblent ravis, pour d’autres, c’est moins clair. Mais ce duplicata  partiel de la fonction maternelle  peut-il faire office d’un modèle de paternité ? Un bon père serait –il devenu celui qui parvient à imiter avec brio certains gestes de la mère ?

Pour Evelyne Sullerot «  il ne faudrait pas poser en principe que les rôles paternels et maternels doivent être, terme à terme, identiques et recouvrir les mêmes tâches. Les mêmes responsabilités. Il faut renoncer à toute définition systématique rigide ». Dans  dernière partie de son ouvrage, elle  s’intéresse au devenir de ces enfants ayant grandi sans père : quels pères deviendront-ils , sauront-ils préserver le droits de leurs enfants à garder leurs deux parents quoiqu’il advienne ? Une question formulée en 1992 , lors de la parution de son ouvrage, mais qui semble encore bien d’actualité. 

Des hommes chantent les pères

STROMAE - Papaoutai (Pop)

GRAND CORPS MALADE - Pères et mères (Slam) 

ORELSAN - 50 pour cent (Rap)